Éric Zemmour : assimilation ou dissimulation ?

En quelques années, Éric Zemmour, porte-parole autoproclamé de la France éternelle, est devenu le chantre d’un assimilationnisme prétendu français. Or, le discours assimilationniste de Zemmour trouve sa source dans une autre tradition, qui est double : républicaine/jacobine et juive. Et il ne s’agit pas d’une coïncidence, mais d’une fusion symbiotique opérée entre judaïsme et républicanisme en rupture et en opposition au catholicisme et à l’Ancien Régime qui respectait les cultures locales et régionales.

Genèse de l’assimilationnisme juif

Le mouvement assimilationniste juif né en 1780, appelé Haskala (Les Lumières juives), aussi connu sous le nom allemand d’Aufklärung, a été initié par un juif allemand de Berlin, Moses Mendelssohn (1729-1786), promoteur d’un judaïsme réformé adapté à la modernité européenne. Ce mouvement avait un lien de parenté direct avec le frankisme ; Moses Mendelssohn était par ailleurs proche de la loge frankiste L’Ordre des frères de Saint-Jean du cousin du faux messie Jacob Frank (1726-1791), Moses Dobruschka (1753-1794).

Membre de la secte de Frank, Moses Dobruschka, est issu de la haute bourgeoisie juive, il fut anobli par l’empereur d’Autriche Joseph II et prit le nom de Franz Thomas von Schoenfeld. Frankiste militant, il se convertit faussement au catholicisme en 1775. Lorsque éclata la Révolution française, Moses Dobruschka, alias Franz Thomas von Schoenfeld, se rendit à Strasbourg, prit le nom de Junius Frey, et devint l’un des jacobins parmi les plus influents. Et ce, en demeurant toujours en relation avec son groupe frankiste, le bruit ayant d’ailleurs couru qu’il devait prendre la direction de la secte après la mort de Jacob Frank. À peine arrivé en France en 1792, Junius Frey acquiert la nationalité française et marie sa sœur Léopoldine (Esther de son vrai nom) à un révolutionnaire jacobin important (et député de la Convention) avec lequel il s’est lié d’amitié : François Chabot (1756-1794).

Tel un Zemmour avant l’heure, Junius Frey proclame son amour à la France, mais surtout à la Révolution, alors qu’il vient tout juste de fouler le sol français :

« Je suis un étranger dans vos demeures. Le ciel de ma maison natale est loin d’ici, mais mon cœur s’est enflammé au mot de liberté, le mot le plus grand et le plus beau du XVIIIe siècle, j’ai été entraîné à sa suite, et à ses mamelles je me suis abreuvé. »

Gershom Scholem fait remarquer que « ce Frey qui parle comme le héraut de la liberté de l’homme ne tarda donc pas à sa familiariser avec les invectives des patriotes français contre les tyrans et n’hésita pas à vouer aux gémonies le souvenir de l’empereur Joseph que, quelques années plus tôt, il glorifiait encore dans ses poèmes. C’est un renversement complet. »

Les exemples historiques de renversements complets comme celui-ci sont innombrables. Pensons à Alain Finkielkraut, qui nous en a offert un bel exemple récent ; venant de l’extrême gauche antiraciste, ce fils d’immigrés juifs polonais est devenu du jour au lendemain un conservateur français de droite qui, comme Zemmour, explique aux autochtones ce qu’est être français. Mais lorsque Finkielkraut est en Israël, la France n’a plus droit à des mots d’amour… Se confiant au journal israélien Haaretz (18 novembre 2005), il lâche :

« Je suis né à Paris et suis fils d’immigrants polonais, mon père a été déporté de France, ses parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz, mon père est rentré d’Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine. »

Mais revenons à Junius Frey, dont la principale contribution à la Révolution française – et par suite à la République – fut littéraire et philosophique. Dans un traité théologico-politique qu’il rédige à la demande de ses camarades jacobins, il élabore les bases d’une religion pour la République. Il articule, dans ce traité, la philosophie des Lumières, la kabbale frankiste et la kabbale chrétienne.

Ce caméléon aux noms et aux allégeances multiples, passé maître dans l’art de la dissimulation, a, en toute logique fait l’éloge du père de l’assimilationnisme Moses Mendelssohn, dans un poème adressé « aux fidèles de la Muse sacrée ». La Muse sacrée en question est appelée par Frey « Siona » (en référence à Sion). Frey était déjà converti au catholicisme lorsqu’il écrivit ce poème qui révèle son indéfectible attachement au judaïsme. Le poème commence ainsi :

« Mendelssohn, L’initié, le familier du bois sacré de Socrate… »

Et se termine par ces vers tout à fait évocateurs quant à la « sincérité » du « chrétien » Junius Frey :

« Vers le tombeau des Ancêtres Il s’accompagne du son de la harpe, Pudiquement il se joint au chœur des chantres : ‘‘Que ma droite s’oublie, Si je t’oublie ô Jérusalem ! »

Gershom Scholem a bien exposé cette jonction entre le frankisme et l’assimilationnisme de Mendelssohn :

« Les théories nihilistes (du frankisme) se présentaient sous un aspect beaucoup plus restreint, et très bientôt il se réalisa une jonction étroite, même un amalgame entre les idées de l’émancipation juive (Aufklärung) venues de Berlin (le mouvement initié par Moses Mendelssohn) et celle de la métamorphose frankiste de la Kabbale hérétique. Cette jonction dont nous trouvons la preuve dans certains manuscrits frankistes de Bohême et de Moravie encore conservés en langue judéo-allemande, appartient cependant déjà à la génération de la Révolution française… Le frankisme peut en fin de compte se laisser définir comme un essai prématuré d’intégrer le judaïsme dans une forme de vie européenne sécularisée, en renonçant à son contenu spécifique, mais sans renoncer à sa vocation, quoi qu’il dût en rester. »

Et la vocation du judaïsme à laquelle ne renonce pas le frankisme est « le rêve de domination d’Israël qui s’élèvera à la grandeur et à la richesse (note de Scholem : l’allusion à la domination universelle), quand bien même ce serait au prix de la séparation d’avec Israël et ses coutumes ».

Le frankisme, il faut le souligner avec insistance, préconisait l’assimilation en apparence, c’est-à-dire la dissimulation des juifs d’Europe, et ce afin de conduire à la destruction d’Edom (le nom que donne la tradition juive rabbinique à l’Europe chrétienne), comme l’explique Scholem :

« D’un côté Jacob Frank exige d’adopter réellement et avec sincérité les pratiques des gentils (les non-juifs) dont l’observance est la voie vers la délivrance qui aura lieu après la révolution finale ; d’autre part, cette même observance doit servir de paravent à l’abolition secrète et à la destruction clandestine des institutions et de la morale qu’elle met en pratique. »

Jacob Frank a clairement exposé à ses disciples la finalité de l’assimilation ainsi que ses instructions dans un sermon :

« … Moi, Jacob, parachèvement du tout, élite des patriarches, je suis contraint de passer par la religion nazaréenne (le christianisme)… Nous devons adhérer en apparence à la religion chrétienne et l’observer aux yeux des chrétiens plus scrupuleusement qu’ils ne l’observent eux-mêmes… Pour frayer la route devant le Messie véritable… C’est seulement pour cette raison qu’il nous est imposé d’observer strictement leurs préceptes, mais il nous est interdit d’épouser une femme chrétienne… Aussi bien ne devons-nous pas nous mêler de quelque façon que ce soit à une autre nation, même si nous adoptons le christianisme et en observons les préceptes… »

Contrairement à l’idée répandue, les frankistes ne forment pas un bloc de faux convertis au catholicisme. Certains d’entre eux ne se convertissent pas et s’assimilent en apparence sans abandonner leur judaïsme, ce que prônait Moses Mendelssohn. Les frankistes de Bohême-Moravie ou d’Autriche qui viennent de familles aisées ne se convertissent pas au christianisme, tandis que les frankistes polonais issus des pauvres Shtels ou bourgades, se convertissent et connaissent des ascensions sociales fulgurantes. Les premiers prépareront le terrain au judaïsme réformé, et les seconds à un conservatisme teinté de réforme, mais les deux resteront constamment en parallèle.

L’émancipation juridique des juifs

On peut tout à fait comprendre qu’Éric Zemmour et nombre de ses coreligionnaires soient attachés à la République, puisque c’est l’Assemblée constituante qui a voté en 1791, dès le lendemain de la Révolution, la pleine égalité des droits des juifs.

L’émancipation des juifs dans les années 1780 en Europe résulte directement du mouvement assimilationniste : l’édit de tolérance de Joseph II d’Autriche (1781) accorde la liberté de culte aux protestants et aux juifs ; Louis XVI (1787) émet lui aussi un édit de tolérance en faveur des protestants et des juifs ; en Prusse, le Leizboll (péage corporel que les juifs devaient lors de leurs déplacements dans les différents pays européens) est aboli en 1787…

En France, l’émancipation juridique fait suite à une demande des juifs eux-mêmes. Le 28 janvier 1790, les députés juifs de France et le Syndic Général des Juifs adressent une pétition à l’Assemblée nationale, en vue de leur émancipation, c’est-à-dire la jouissance des droits de citoyenneté : « Pétition des juifs établis en France adressée à l’Assemblée nationale, le 28 janvier 1790, sur l’ajournement du 24 décembre 1789, par les députés Mayer-Marx, Ber-Isaac-Berr, David Sintzheim, Lazare-Jacob, Trenelle, et le Syndic-Général des Juifs Théodore-Cerf-Berr ».

Le 16 avril 1790, le Roi Louis XVI proclama :

« Sur un Décret de l’Assemblée Nationale, concernant les Juifs : L’Assemblée Nationale met de nouveau les Juifs de l’Alsace & des autres provinces du Royaume, sous la sauvegarde de la Loi : défend à toutes personnes d’attenter à leur sûreté ; ordonne aux Municipalités & aux Gardes nationales de protéger, de tout leur pouvoir, leurs personnes & leurs propriétés »

Dans le même temps que les Révolutionnaires français émancipaient les juifs, ils soumettaient l’Église avec la Constitution civile du clergé votée par l’Assemblée constituante, le 12 juillet 1790. Un texte qui prévoyait l’élection des curés et des évêques par les fidèles, éliminant ainsi le pouvoir du pape. Ce qui revenait à soumettre les églises françaises à la République, tandis qu’on affranchissait la Synagogue…

C’est ce qui explique que, depuis 1808, les juifs de France récitent une prière pour la République française dans les synagogues consistoriales. Une prière récitée durant l’office public du Chabat matin, entre la prière Cha’arit et celle de Moussaf.

L’émancipation, arme du judaïsme

Si l’émancipation a « libéré » les masses juives d’Europe et les a fait sortir des ghettos, expliquait Bernard Lazare (1865-1903), « il lui était impossible d’abolir en un jour l’œuvre législative des siècles, elle ne pouvait défaire leur œuvre morale, et elle était surtout impuissante à briser les chaînes que les juifs eux-mêmes s’étaient forgées. Les juifs étaient émancipés légalement, ils ne l’étaient pas moralement ; ils gardaient leurs mœurs, leurs coutumes et leurs préjugés que conservaient aussi leurs concitoyens des autres confessions… »

En effet, l’émancipation et la montée de l’athéisme n’ont pas rompu le lien entre les communautés juives et leurs membres ; car ce lien ne tient pas exclusivement à la religion, mais à une conscience raciale et tribale remontant à l’Antiquité, laquelle est codifiée dans la Bible hébraïque.

Au cours du XIXe siècle, le grand historien juif allemand Heinrich Graetz (1817-1891) a laïcisé l’ethnocentrisme biblique pour rétablir ce lien que l’assimilation tendait à rompre. Dans les années 1850, il fait paraître un ouvrage sur l’histoire des juifs, L’Histoire des juifs depuis les temps anciens jusqu’à nos jours.

Graetz diffusa, sous une forme laïcisée, le concept biblique de peuple-race juif en tant que nation. Il postule dans son ouvrage une continuité historique du peuple juif, afin de maintenir un lien – que pouvait rompre l’émancipation – entre toutes les communautés juives. Il défend l’idée que les juifs constituent un seul et même peuple, une seule et même race qui ont une seule et même origine. Il laïcisa également l’idée proprement biblique de la supériorité du peuple juif sur les autres. Graetz préconisait donc une mise à l’écart vis-à-vis du reste du peuple allemand ; les juifs ne devaient en aucun cas s’assimiler aux Allemands et aux autres peuples, sous peine d’en être souillés. Jacob Frank ne prônait pas autre chose.

En cela, l’assimilationnisme juif reste fidèle au séparatisme biblique et talmudique. Un séparatisme, qui se traduit notamment par l’endogamie (mariage dans la même famille, la même tribu).

Et ce séparatisme juif est scrupuleusement appliqué par Éric Zemmour.

Éric Zemmour, un juif dissimulé

Éric Zemmour est l’incarnation du juif assimilé, son attitude est celle préconisée par Moses Mendelssohn, qui a pour fin, comme le frankisme, d’intégrer le judaïsme dans une forme de vie européenne sécularisée.

À l’instar des anciens frankistes bourgeois, Zemmour s’assimile en apparence, sans abandonner le tribalisme juif.

C’est ce qui explique pourquoi il confond « assimilation » et « dissimulation » ; et il se trahit lorsqu’il déclare :

« C’est comme moi, je m’appelle Eric, Justin, Léon. Mais, à la synagogue, je m’appelle Moïse. ».

L’on comprend dès lors que la polémique qu’il a déclenchée autour des prénoms étrangers relève de la pure démagogie, voire de la fourberie. Il exige des immigrés, et plus généralement des musulmans, qu’ils adoptent la culture française en se dépouillant de leurs cultures d’origine, sachant bien que c’est une impossibilité. De plus, la dissimulation, pratiquée à travers les siècles par nombre de communautés juives (marranes, sabbataïstes, frankistes, assimilés…), ne fait pas partie des traditions musulmane, maghrébine et africaine.

Et le comble, c’est que ce Moïse dissimulé se rend à la synagogue, non par obligation religieuse, mais par appartenance tribale et raciale, puisqu’il est athée.

La journaliste Anna Cabana rapporte :

« Il a deux vaisselles séparées, une pour la viande, l’autre pour le lait, car dans la Torah il est dit : « Tu ne mangeras pas l’agneau dans le lait de sa mère ». Jean-François Copé n’en revenait pas, lorsque Zemmour lui a raconté les deux vaisselles. Dehors, notre homme mange de tout. Sauf du porc. « Je n’aime pas. » Ah ? Même le Bellota ? « Je pense que j’ai sublimé l’interdit par le goût. » Il ne croit pas en Dieu, mais il fait quand même la prière à la synagogue. Et les fêtes religieuses. Et les bar-mitsva des garçons. On aperçoit une chaîne en or jaune sous sa chemise, on lui demande ce qui y pend, il sort un petit Sefer Torah, les rouleaux du texte saint. »

Éric/Moïse Zemmour, juif dissimulé, célébrant les fêtes juives et les bar-mitsva de ses fils, est marié à une juive séfarade. N’est-il pas alors étonnant d’entendre ce tribaliste pointer du doigt l’endogamie des musulmans maghrébins ?

À ce propos, Emmanuel Todd écrit :

« Les jeunes d’origine musulmane ont été l’objet de tant de procès et de condamnations idéologiques qu’il paraît nécessaire et juste de se demander s’ils sont vraiment moins bien assimilés… que certains de leurs juges. On évoque parfois aujourd’hui une ‘‘zemmourisation’’ de la société, transformant le porteur de ce patronyme en icône culturelle. Soyons anthropologue jusqu’au bout, et appliquons à Éric Zemmour les critères usuels d’évaluation du degré d’assimilation… Je suis certain que Zemmour, adepte du politiquement incorrect, ne nous en voudra pas de noter que le nom de jeune fille de son épouse suggère qu’il s’est lui-même satisfait d’un mariage endogame, dans sa communauté d’origine, juive d’Afrique du Nord, alors qu’il est lui-même né à Montreuil. Le Grand Inquisiteur des jeunes d’origine maghrébine est donc moins avancé dans son assimilation que la moitié des beurs d’origine algérienne qui vivent en union mixte… Un détour par l’Académie française, où un corps électoral âgé en moyenne de 78 ans vient d’élire Alain Finkielkraut nous fournit l’exemple complémentaire d’un idéologue, lui-même d’origine juive polonaise, toujours prompt à détecter la dimension ‘‘arabe’’ ou ‘‘noire’’ de nos problèmes sociaux, mais qui n’a pas non plus fait le grand saut dans le mariage mixte, au contraire de jeunes d’origine algérienne, marocaine, tunisienne ou africaine noire. »

Trôner dans les institutions françaises et dans les grands médias, occuper les postes stratégiques et désigner les ennemis, font partie des privilèges accordés par la République française à cette aristocratie illégitime. Et Zemmour a d’autres bonnes raisons d’être attaché à la République :

- Outre le fait que la République naissante émancipa ses coreligionnaires français, c’est grâce à ce régime que sa famille, juive algérienne, est devenue française. En effet, dès l’instauration de la IIIe République, en 1870, les Israélites vivant en Algérie acquièrent la nationalité française avec le décret Crémieux. Un décret émis par le ministre de la Justice de l’époque, Isaac-Jacob Adolphe Crémieux, qui fut également un haut dignitaire de la Franc-Maçonnerie et le Président de l’Alliance israélite universel.

- Une autre raison de son amour pour la République anti-catholique a été exposée par Zemmour lui-même, le 27 novembre 2011 lors d’une interview sur Radio Courtoisie :

« Je pense qu’Israël a une pratique de la souveraineté qui est exactement celle qu’avait la France pendant des siècles, c’est ça qui m’intéresse, c’est-à-dire une défense farouche de sa souveraineté, comme la France jusqu’au général de Gaulle, et qu’ils n’hésitent pas à employer la guerre comme moyen de défendre une politique et une souveraineté, exactement comme l’a fait la France pendant mille ans, c’est ça qui m’intéresse. Et je pense que le rapport complexe des Français vis-à-vis d’Israël vient de là. Moi je pense toujours que l’armée israélienne, c’est 1792, c’est le peuple en arme qui se bat avec les généraux de trente ans qui discutent et tutoient les soldats… Je pense que l’armée des Français de 1792 à 1805, c’était ça, exactement la même chose… Les Israéliens ont été installés sur une terre où il y avait déjà des gens, je dis des gens parce que je ne dis pas un peuple, vous savez bien un peuple il faut un sentiment d’appartenance et un destin commun qui n’existait pas chez les Palestiniens de 1948, puisqu’ils se sentaient arabe et c’est tout… »

Le rôle d’Éric Zemmour dans la stratégie du choc des civilisations

J’expliquais déjà en septembre 2016 que le rôle d’Éric Zemmour était de ramener les Français dans le giron d’Israël – d’où le parallèle, qu’il établit, avec une chutzpah (outrecuidance éhontée) incroyable, entre les armées révolutionnaires et Tsahal, entre la pratique de la souveraineté de la France et celle d’Israël.

Zemmour était, jusqu’à une période récente, très discret sur son sionisme. Il axait son discours sur la France, son indépendance, l’assimilation, l’immigration… pour glisser ensuite vers un discours anti-musulman. Tout ce qui était à même de séduire le français de droite, accessoirement catholique. Une fois la confiance de la France de droite acquise, une fois devenu son leader d’opinion, il a, en 2016, commencé à faire ouvertement la promotion d’Israël, en expliquant, dans son livre Un quinquennat pour rien, que « L’état major de l’armée sait qu’un jour viendra où il devra reconquérir ses terres devenues étrangères sur notre propre sol. Le plan est déjà dans les cartons, il a pour nom Opération Ronces. Il a été mis au point avec l’aide des spécialistes de l’armée israélienne qui ont transmis à leurs collègues français leur expérience de Gaza. La comparaison vaut tous les discours ».

Le message de Zemmour envoyé aux Français peut se résumer en une phrase : « Si vous ne suivez pas la politique israélienne, à savoir la discrimination raciale, la ratonnade et le bombardement des populations civiles, votre pays disparaîtra ». Par la tignasse des cheveux, Zemmour veut entraîner les Français dans la guerre civile planétaire.

Mais Éric Zemmour se garde bien d’expliquer que les groupes terroristes qui sévissent au Proche-Orient (sauf en Israël) sont soutenus et armés par l’État hébreu depuis le début de la guerre contre la Syrie.

D’ailleurs, en mai 2018, alors que les Israéliens tirent sur des manifestants palestiniens, Zemmour défend Israël qui est, selon lui « la cible privilégiée des médias occidentaux qui ne cessent de dénoncer la brutalité des méthodes de la démocratie illibérale », et il en profite pour rattacher Israël et sa politique aux droites européennes (conformément à la stratégie national-sioniste) : « Mais à Budapest comme à Varsovie, à Moscou comme à Jérusalem, les peuples votent massivement pour des gouvernements que ces grands médias vilipendent. »

Dans son tout nouvel ouvrage Destin français (paru en septembre 2018), Zemmour amalgame sans vergogne Israël et la France :

« Israël a été pendant des siècles le modèle de la France. La France devient à son tour le modèle d’Israël. Mais leurs temporalités se désaccordent. Israël est aujourd’hui la nation que la France s’interdit d’être. La nation farouche, sûre d’elle-même et dominatrice, pour qui la guerre est la continuation naturelle de la politique, pour qui la gloire des armes est une forme suprême d’art. Tsahal renoue avec l’enthousiasme des soldats de l’an II…

Les deux nations sont condamnées sous peine de mort à retrouver leur intimité ancestrale. Sans l’universalisme chrétien, Israël s’enferme dans un nationalisme ethnique et ségrégationniste qui trouve sa légitimité rationnelle dans le déséquilibre démographique. Sans le nationalisme juif, la France s’abîme dans la sortie de l’Histoire d’une nation millénaire dépossédée de son État, de son passé, de ses racines, de son territoire même, au nom de la religion abstraite et aveugle des droits de l’homme.

Ce n’est pas un hasard si Israël est haï depuis des décennies par une gauche française postchrétienne et postnationale qui, après avoir vénéré l’Union soviétique de Staline et la Chine de Mao (certains de leurs aînés n’avaient pas hésité à collaborer avec l’Allemagne de Hitler), s’est soumise à l’Islam comme ultime bannière impériale pour abattre les nations. C’est la France qu’ils vomissent en Israël. La France d’antan et la France éternelle. La France, son État-nation, son histoire millénaire et sa terre sacrée. Israël est le miroir d’une France qu’ils haïssent tant qu’ils veulent en effacer jusqu’à son reflet. »

Et pour faire accepter l’idée de convergence d’intérêts entre la France (où il s’est enkysté) et Israël, Zemmour travaille à nous entraîner tous, par des prophéties (juives) auto-réalisatrices, dans une guerre civile. Sa partition s’intègre ainsi parfaitement dans le cadre de ce que j’ai appelé « une vaste division du travail » en faveur du choc des civilisations et de la guerre civile planétaire.

Dans ce partage des rôles, chacun occupe une place bien déterminée :

- Le géopolitologue anglo-israélo-américain Bernard Lewis (père de la version laïcisée de la stratégie rabbinique et messianique du choc des civilisations), accompagnant le lobby pro-israélien aux États-Unis, a contribué à pousser l’Amérique de Bush dans la destruction du monde musulman.

- Bernard-Henri Lévy a contribué à la destruction de la Libye, en se vantant lui-même qu’il l’avait fait en tant que juif.

- La destruction des pays arabo-musulmans, et en particulier la Libye qui constituait un verrou, a permis à Georges Soros (milliardaire juif américain) d’organiser et financer, l’arrivée en masse de migrants en Europe.

- Éric Zemmour et Alain Finkielkraut, quant à eux, s’occupent de déclencher le chaos à l’échelle française.

La destruction des pays arabo-musulmans, du fait du lobby pro-israélien, est justifié par le discours et l’idéologie du choc des civilisations ; et par suite, les déferlantes migratoires qui en résultent constituent un levier et un argument qui alimentent le discours des Zemmour et des Finkielkraut, pour déclencher une guerre civile en Europe et en France.

C’est ainsi que le piège se referme sur les Français, dont une partie plébiscite ceux qui les mènent à leur perte.

Youssef Hindi
30 septembre 2018
Academia

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