Intervention au Ve Forum de l’Europe – Sur le thème « Géopolitique des religions »

Ci-dessous le texte de mon intervention sur le thème « Géopolitique des religions », lors du Vème Forum de l’Europe qui s’est tenu à Paris le 11 mai 2019, sur le thème « Nations, Europe, Révolution » :

 

Lorsqu’on traverse les couches apparentes des conflits et oppositions de la géopolitique mondiale, c’est-à-dire, au-delà des questions territoriales, économiques ou encore géo-énergétiques, l’on découvre une confrontation d’une tout autre nature… Que j’ai appelé « choc idéologique mondial ».

En d’autres termes, une guerre menée contre l’humanité par le monde anglo-américain judéo-wahhabo-protestant ; un ensemble géopolitique sous pilotage israélo-américain rassemblant les pays de l’OTAN et les pétromonarchies d’obédience wahhabite.

 

Leur point commun : Tous partagent la même idéologie inégalitaire, matérialiste et libérale, une vision du monde enracinée dans la Bible hébraïque et déterminé par celle-ci.

 

 

Géopolitique du judéo-sionisme

 

 

Pour justifier ses guerres, cet ensemble impérial s’est appuyé sur une stratégie géopolitique rabbinique et messianique, élaborée au Moyen-Âge, et visant à envoyer les mondes chrétien et musulman dans une guerre mutuellement destructrice, en vue du rétablissement du Royaume d’Israël.

 

Une stratégie qui s’appuie elle-même sur une lecture et une interprétation biblique, à commencer par celle du grand rabbin Eliezer ben Hourcanos au Ier siècle (Rabbi Eliezer, Les chapitres, chapitre 28). D’après lui, et les rabbins qui lui succéderont, le règne d’Israël n’adviendra qu’après la destruction d’Edom, l’Europe, et la destruction des Ismaélites, les Arabes, descendants d’Ismaël.

 

Dans le livre le plus important de la tradition mystique juive, le Zohar, rédigé au XIIIe siècle, il est expliqué que les chrétiens et les musulmans s’entredétruiront à la fin des temps, et ce au profit d’Israël :

 

« Les fils d’Ismaël (les musulmans) domineront la terre sainte pendant longtemps alors qu’elle sera vide, de même que leur circoncision est vide et imparfaite. Ils empêcheront les fils d’Israël d’y retourner jusqu’à ce que s’épuise ce mérite des fils d’Ismaël. Les fils d’Ismaël provoqueront de dures guerres dans le monde et les fils d’Edom (le monde occidental) se rassembleront contre eux pour les combattre. Ils feront contre eux une bataille sur la mer, une sur la terre et une autre proche de Jérusalem. Les uns auront la maîtrise des autres. Néanmoins, la terre sainte ne sera pas conquise par les fils d’Edom. » (Zohar, parachat Vaéra, p. 32A.)

Ceci ressemble étrangement au combat qui opposa, durant la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne à l’Empire ottoman, et à l’issue duquel ce dernier perdit le contrôle de la Palestine où un Foyer national juif vit alors le jour sous mandat anglais.

Déjà au XVIe siècle, deux rabbins kabbalistes tentèrent d’appliquer ce projet géopolitique. Solomon Molcho et son maitre David Reuveni, entre 1525 et 1532, s’adressèrent successivement au roi du Portugal Jean III, au Pape Clément VII et à l’Empereur du Saint Empire romain Germanique Charles Quint, pour les envoyer dans une guerre contre l’Empire ottoman, les chasser de Palestine et refonder le Royaume d’Israël.

Ce fut la première tentative d’application de la stratégie du choc des civilisations, qui doit conduire à la promesse d’établissement d’un Grand Israël, du Nil à l’Euphrate.

Cette stratégie a été actualisée, laïcisée et baptisée « Choc des civilisations » en 1957 par l’historien juif britannique Bernard Lewis, qui a également joué un rôle important dans le déclenchement de la guerre d’Irak de 2003 en persuadant l’ancien vice-président des Etats-Unis Dick Cheney de se prononcer en faveur de cette guerre.

 

Ce projet religieux, messianique et politique, fallacieusement érigée en théorie scientifique, a amalgamé successivement le judaïsme et le christianisme, le protestantisme et le catholicisme, l’Europe continentale et le monde anglo-américain, pour opposer l’Occident au monde musulman, à la Russie et à la Chine.

 

 

Domination de la chrétienté

 

Le préalable à ce triomphe eschatologique est la domination de l’Occident chrétien par les tenants du judaïsme.

 

Pour comprendre le rapport des juifs aux Européens et le rapport du Judaïsme au Christianisme à l’époque contemporaine, il est essentiel de connaître la nature des rapports de Jacob et de son frère Esaü dans la Torah.

Si Esaü est le frère ainé de Jacob, ce sont en fait des jumeaux, mais Esaü a vu le jour le premier. Il est écrit dans la Torah qu’avant leur naissance, Dieu, s’adressant à l’épouse d’Isaac, la mère d’Esaü et Jacob, lui annonça que deux nations seront issues d’elle :

« Le Seigneur lui dit : « Deux nations sont dans ton sein, et deux peuples sortiront de tes entrailles ; un peuple sera plus puissant que l’autre, et l’ainé obéira au plus jeune. » » (Genèse, 25:23).

Selon la Torah, le peuple d’Edom, l’Europe, est destiné à obéir au peuple de Jacob, le peuple juif, Israël.

C’est bien cette promesse que tentèrent d’accomplir au XVIe siècle David Reuveni et Solomon Molcho.

 

Comme l’écrivait le grand historien du judaïsme Gershom Scholem :

 

« Les visions et les discours de Solomon Molcho mêlaient kabbale et incitation à une action politique à visées messianiques, parmi les chrétiens. Son martyre (1532) le fit compter par la communauté juive comme l’un des « saints » de la kabbale. Les mouvements apocalyptiques virent dans l’avènement de Martin Luther un nouveau présage, un signe de l’effondrement de l’Eglise et de l’approche de la fin des temps. »

Solomon Molcho s’attacha à attirer l’attention des prêtres chrétiens, ce qu’il réussit très habilement ; les clercs vinrent écouter ses discours, grâce à son charisme et à ses visions, lesquelles impressionnaient ses auditoires (il prédit par exemple l’inondation de Rome en 1530 et le tremblement de terre au Portugal en 1531).

Il annonçait dans certains de ses discours la chute de Rome et du Christianisme, ainsi que la reconstruction de la Judée. Par l’intermédiaire de son maître David Reuveni, Molcho put se rapprocher des cardinaux à Rome et rencontrer le Pape Clément VII qu’il tenta de convaincre que la rédemption du peuple juif était imminente. Il réussit à impressionner le Pape, au point qu’il lui accorda une approbation écrite l’autorisant à prêcher devant un public chrétien et à publier ses textes (à condition qu’ils ne soient pas antichrétiens).

Alors que Molcho posait les premières pierres de l’alliance judéo-chrétienne, l’Inquisition et l’Empereur Charles Quint y ont mis un terme en envoyant Molcho au bûcher et son maitre Reuveni dans un cachot.

 

C’est au siècle suivant que s’établira définitivement l’alliance judéo-chrétienne, plus précisément entre le judaïsme messianique et le millénarisme protestant.

Au début du XVIIe siècle, des théologiens protestants anglais ont commencé à défendre l’idée de réimplantation des juifs en Terre sainte afin de hâter le retour de Jésus et ainsi convertir les juifs au Christianisme. Parmi ces théologiens protestants ayant promu cette 
idée, se trouvent Joseph Mede (1586-1635), Richard Baxter (1615- 1691) et un parlementaire anglais, Sir Henry Finch (1558-1625), qui rédigea un ouvrage d’exégèse dans lequel il « prédit » le retour des juifs en terre sainte : The World’s Great Restauration, or the Calling of the Jews.

 

 

 

L’Amérique judéo-protestante

 

 

 

Cette vision messianique originellement juive, devenue judéo-protestante, va s’implanter dans l’Amérique colonisée par les Anglais, qui se considéraient comme le nouveau peuple élu, l’Amérique comme la nouvelle terre promise, terre des origines du monde, et les Indiens… Une sous-race à exterminer, suivant le modèle du récit biblique de la conquête de la terre promise par Josué :

 

« Et l’on appliqua l’anathème à tout ce qui était dans la ville ; hommes et femmes, enfants et vieillards, jusqu’aux bœufs, aux brebis et aux ânes, tout périt par l’épée. » (Josué, 6:21)

« Josué battit tout le pays, la montagne, le midi, la plaine et les coteaux, et il en battit tous les rois; il ne laissa échapper personne, et il extermina tout ce qui respirait, comme l’avait ordonné Yahvé, le Dieu d’Israël » (Josué, 10:40)

 

John Lock, dans le second de ses Deux Traités de gouvernement (1690), donne à l’Amérique son statut et sa fonction : « Au début, écrit-il, le monde était l’Amérique ».

De terre origine du monde, l’Amérique est devenue, au XVIIIe siècle, une annonce prophétique de l’avenir. Dans la conscience d’une certaine élite anglaise, l’Amérique était liée à l’espérance messianique de la rédemption, en grande partie sous la pression du mouvement évangélique qui fait de l’ancienne terre de mission un foyer missionnaire.

Au XIXe siècle, Alexis de Tocqueville avait bien perçu cette transformation :

 

« Il me semble voir toute la destinée de l’Amérique renfermée dans le premier puritain qui aborda sur ses rivages, comme toute la race humaine dans le premier homme. »

 

En 1781, un homme visionnaire, l’abbé Guillaume-Thomas Reynal, a perçu le danger que présenterait l’Amérique ; à savoir la possibilité d’une colonisation à rebours de l’Europe par l’Amérique :

 

« On va jusqu’à craindre que l’Europe ne trouve un jour des maîtres dans ses enfants. »

 

Parallèlement, dans l’Angleterre du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, le mouvement proto-sioniste protestant, aussi appelé restaurationnisme, se prolonge, et il est représenté par des personnages comme Thomas Newton, évêque de Bristol, et Anthony Ashley Cooper, comte de Shaftesbury.

 

Finalement, ces différentes branches du protestantisme issues du messianisme juif convergeront et guideront la politique étrangère américaine, en définitive au profit d’Israël.

 

Il existe, depuis 1967, des lobbies évangéliques sionistes qui agissent essentiellement au sein du parti républicain, comme le National Christian Leadership Conference for Israel (fondée en 1967), l’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem (fondée en 1980), le Christian Zionist Congress (fondé en 1996), Voices United for Israel (organisation judéo-évangélique) ou encore le Christian’s Israel Public Action Campaign (CIPAC).

 

L’engouement de la droite américaine pour Israël s’est alors développé dans les années Reagan, avec l’émergence de prédicateurs influents tels Jerry Falwell qui ont profondément modifié le parti républicain. C’est à leur initiative qu’a été voté en 1995 le Jerusalem Embassy Act, loi qui prévoit le déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv vers la ville sainte.

 

En 1980, pour préparer l’avènement de l’ère messianique, d’influents intérêts évangéliques américains ont fondé l’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem. Cette « ambassade » s’attache, depuis, à exercer une action de lobbying en direction du Département d’État en faveur des intérêts d’Israël…

 

D’ailleurs, pour ses bons et loyaux services, l’influent prédicateur protestant susmentionné, Jerry Falwell, a reçu en cadeau de la part du gouvernement israélien un jet privé.

 

 

 

L’alliance des judéo-protestants et des saoudo-wahhabites

 

 

L’autre composante du système impériale, est le wahhabisme, hérésie qui est à l’islam ce que le protestantisme est au christianisme.

Entre 1744 et 1745, la père de cette doctrine hérétique, Muhammad Ibn Abd al-Wahhab conclut un pacte d’alliance (le pacte du Nadjd) avec le chef de la tribu des Saoud. Ce pacte fit des Saoud les porte-drapeaux du wahhabisme et d’Ibn Abd al-Wahhab ainsi que sa descendance les chefs religieux de la dynastie saoudite ; celle-ci utilisa la doctrine wahhabite en tant que moyen de conquête et d’appropriation patrimoniale de l’Arabie – conquête dont résulteront trois royaumes saoudites successifs.

Ibn Saoud et Ibn Abd al-Wahhab, vont se livrer à une série de destruction et de massacres de musulmans, similaires à ceux perpétrés contre catholiques Irlandais et Ecossais par le protestant puritain Olivier Cromwell. À titre d’exemple, les wahhabites ont tué entre 2000 et 5000 personnes à Kerbala en 1801, ils ont massacré hommes, femmes et enfants et, ont éventré les femmes enceintes.
C’est cette méthode de terreur qui a été appliqué par les terroristes en Syrie, en Libye, en Irak… Tous financés par l’Arabie Saoudite et le Qatar, armés et soutenus ouvertement par les Etats-Unis et leurs alliés. Ce que le New York Times a fini par admettre dans un article du 23 janvier 2016.

Les saoudo-wahhabites sont soutenus par les Britannique depuis la Première Guerre mondiale, et sans leur appui, le Royaume saoudite actuel, fondé en 1932, n’aurait jamais vu le jour.
Et à partir de 1945, les Américains prennent le relai de l’Empire britannique finissant. Le 14 février 1945 le Roi Abdelaziz ibn Saoud et le président américain, Franklin Delano Roosevelt, se rencontrent sur le croiseur Quincy ; un pacte est conclu : en échange du pétrole d’Arabie, le royaume des Saoud se trouvera désormais placé sous la protection des Américains.

Avec le couplage du pétrole saoudien et du dollar américain, débute la phase d’expansion de la doctrine wahhabite – sponsorisée par les pétrodollars – en dehors de l’Arabie. Le wahhabisme part alors à la conquête de l’islam, notamment via de nombreuses institutions comme le Congrès islamique mondial (1949-1952), le Congrès islamique de Jérusalem (1953), le Haut Conseil des Affaires musulmanes (1960), l’Organisation de la Confrérie islamique (1969), la Ligue du Monde musulman (1962), l’Assemblée mondiale de la jeunesse musulmane (1972).

Les saoudo-wahhabites financent aussi des chaires universitaires à Harvard, en Californie, à Santa Barbara, à Londres ainsi qu’à Moscou. En outre, l’Arabie Saoudite détient, en terme financier, 30% de l’enveloppe satellitaire arabe, cinquante chaînes de télévision et autant de titre dans la presse écrite.

 

Le terrorisme wahhabite est, comme on le sait, sous pilotage étasunien depuis la fin des années 1970. Zbigniew Brzezinski (1928-2017), alors conseiller à la Sécurité nationale des États-Unis sous la présidence de Jimmy Carter, a été le maître d’œuvre d’une manœuvre de coordination de la CIA avec les services pakistanais et saoudiens, dans le but de financer et d’armer les futures terroristes, dont Ben Laden ; ceci dès la fin des années 1970, afin d’attirer l’Union Soviétique dans le cimetière afghan. Cette stratégie a été employée à nouveau dans la fin des années 1990 en Tchétchénie, pour faire imploser la Fédération de Russie, après la guerre de 2003 en Irak et depuis 2011, en Libye, en Syrie, au Yémen et ailleurs…
Brzezinski expliquera d’ailleurs lors d’une interview accordée au Nouvel Observateur le 15 janvier 1998 comment et pourquoi il a financé Ben Laden en Afghanistan.

A la question « Vous ne regrettez pas d’avoir favorisé l’intégrisme islamiste, d’avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes ? », Brzezinski répondra :

 

« Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ? »

 

Ce que nous explique Brzezinski, qui fut l’un des plus influents géo-stratèges américains depuis les années 1970, c’est que ce terrorisme est une création artificielle et que son ampleur dépend de la politique occidentale, et plus précisément anglo-américaine.

 

Le terrorisme wahhabo-takfiri, dont le premier ennemi est le monde musulman (là où il fait le plus de morts), est un outil dans la géopolitique mondiale, à l’instar de l’armée américaine, qui sert principalement les intérêts d’Israël.

Un outil multifonctionnel, qui détruit les voisins d’Israël, exacerbe les tensions entre Edom et Ismaël, pour finalement provoquer une conflagration mondiale, condition de réalisation des promesses bibliques faites aux Hébreux :

 

« Tandis que les ténèbres couvrent la terre et une sombre brume les nations, sur toi Yhwh rayonne, sur toi sa gloire apparaît. Et les peuples marcheront à ta lumière, les rois à l’éclat de ton aurore…

Les richesses de l’océan se dirigeront vers toi, et l’opulence des peuples te sera ramenée…

Et les fils de l’étranger bâtiront tes murailles, et leurs rois te serviront… Car le peuple, la dynastie qui refusera de te servir, périra ; ce peuple-là sera voué à la ruine…

Et tu suceras le lait des peuples et tu boiras à la mamelle des souverains » (Ésaïe 60, 1-17)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 commentaires

  1. Salam ahleikoum Youssef, je voulais juste te remercier pour ton travail, Macha Lah, grace a toi, je comprend mieux comment les cerveaux « tordus » mentent et séduisent les peuples pour mieux les spolier au fin d’intérêts qui privilégient une seule et unique communauté. Je regrette que certains qui se disent « Musulmans », ne publient pas tes articles qui sont, à mon humble avis, fondamentaux pour comprendre le « Pourquoi et comment nous en sommes là » ! Sois bénis mon frère et que ta parole soit entendue par un maximum de gens, qu’Al Lah te récompense, tu illumine mon cerveau et, je comprend des choses que je ne comprenais pas avant et, je t’en suis très reconnaissante ! MERCI

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